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Modéliser les situations extrêmes : COVID-19 et mortalité liée au sida

Modéliser les situations extrêmes : COVID-19 et mortalité liée au sida

GENEVE, Suisse, le 26 Mai 2020,-/African Media Agency (AMA)/- Kimberly Marsh travaille depuis six ans pour l’ONUSIDA en tant que conseillère senior en modélisation et en épidémiologie. Elle aide les pays à évaluer l’impact de l’épidémie du VIH aussi bien au niveau mondial que régional.

Pouvez-vous m’en dire plus sur votre dernier rapport de modélisation ? Si je ne me trompe pas, vous vous êtes penchée sur des scénarios possibles en Afrique subsaharienne à l’heure de la COVID-19.

Les modèles portaient sur différentes perturbations possibles des services de lutte contre le VIH en Afrique subsaharienne dues à la pandémie de COVID-19. Ces perturbations peuvent avoir un impact sur l’incidence du VIH (le nombre de nouvelles infections au VIH) et sur le nombre de décès supplémentaires liés au sida par rapport à ce que nous aurions recensé si la pandémie de COVID-19 ne s’était pas déclarée.

Ces questions nous intéressent tout particulièrement, car nous savons que plus des deux tiers des personnes vivant avec le VIH dans le monde se trouvent en Afrique subsaharienne. On parle pour 2018 de 25,7 millions de personnes séropositives, de 1,1 million de nouvelles infections et de 470 000 décès de causes liées au sida environ. Parmi toutes les personnes vivant avec le VIH dans la région, 64 % suivent une thérapie antirétrovirale indispensable à leur survie et qui les empêche aussi de transmettre le virus.

Pour nous, il est vraiment important de pouvoir garantir qu’elles auront accès aux services. Les modèles actuels portaient sur différentes perturbations : un arrêt total de tous les services liés au VIH sur une période de trois et six mois. Et nous avons regardé les conséquences à un an et à cinq ans. Gardez toutefois à l’esprit qu’il ne s’agit que de scénarios poussés à l’extrême. Nous ne nous attendons pas à ce qu’ils se produisent, mais ils nous permettent de répondre à deux questions. La première : quels sont les services essentiels liés au VIH pour éviter des décès et de nouvelles infections supplémentaires ? La deuxième : que pourrait-il se passer si nous ne limitons pas ces perturbations ou si nous ne luttons pas contre.

Quelles sont les deux grandes idées à tirer de cette masse gigantesque de travail ?

Cette modélisation prédit qu’un arrêt de six mois du traitement au VIH pourrait se traduire par 500 000 décès supplémentaires en Afrique subsaharienne. Ainsi, lorsque l’on compare avec les estimations de l’ONUSIDA concernant l’évolution de la mortalité du sida au cours des ans, cela nous ramènerait au niveau de 2008 où nous avions près d’un million de décès.

Le traitement du VIH est essentiel, c’est indubitable. Garantir la disponibilité du traitement du VIH pendant les trois à six mois à venir aux personnes qui en ont besoin, telle doit être la priorité des pays qui veulent éviter une recrudescence des décès et de l’incidence du VIH. Tous les pays devraient s’assurer que leurs chaînes d’approvisionnement leur fournissent suffisamment de médicaments à distribuer et que les personnes aient assez de médicaments pour traverser les prochains mois.

La seconde chose à dire est qu’il s’agit de projections. Il est toujours temps de garantir que les personnes reçoivent les services de traitement du VIH dont elles ont besoin.

Évitons les prévisions de ce modèle et fournissons aux personnes séropositives les médicaments contre le VIH.

Qu’en est-il de la prévention du VIH ? Assurer la disponibilité de préservatifs a-t-elle un impact ?

Lorsque l’on regarde les services de prévention de plus près, nos modèles révèlent que la disponibilité des préservatifs influe sur les résultats. Il est important de dire que le traitement est primordial, mais que des aspects comme l’accès aux préservatifs jouent un rôle primordial. Nous avons constaté une augmentation relative de l’incidence du VIH de 20 à 30 % sur un an si les préservatifs manquent pendant six mois. Ils doivent donc véritablement figurer dans nos priorités.

Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur l’évolution de la transmission de la mère à l’enfant du VIH dans vos scénarios ?

Dans nos scénarios, nous avons regardé l’impact d’une interruption des services de dépistage du VIH, ainsi que des perturbations empêchant les femmes d’obtenir leur traitement pour protéger leurs enfants de la transmission du VIH. Depuis cinq à dix ans, ces médicaments ont notablement réduit les nouvelles infections du VIH chez les enfants. Les différents modèles ont révélé que leur suppression provoquerait une augmentation des nouvelles infections du VIH chez les enfants pouvant atteindre 162 % dans les pays que nous avons étudiés. Il est donc vraiment essentiel de maintenir les services de prévention de la transmission de la mère à l’enfant du VIH.

Vous avez dit qu’il s’agit d’un scénario extrême, pas d’une prophétie, mais vous continuez de croire en la modélisation ?

Les modèles sont très importants pour explorer les questions que les pays posent régulièrement à l’ONUSIDA et à l’Organisation mondiale de la Santé lorsqu’ils réfléchissent à des approches stratégiques concernant leur riposte au VIH. Les modèles ne sont pas parfaits, mais ils ont beaucoup à nous apprendre. Je pense que cette modélisation met vraiment en avant des stratégies qui deviendront importantes dans les prochains mois alors que la COVID-19 s’abattra véritablement ou potentiellement sur l’Afrique subsaharienne.

Distribué par African Media Agency (AMA) pour ONUSIDA.

Source : African Media Agency (AMA)

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